Pour faire une terrasse en palette, prévoyez 8-12 palettes EUR pour 10 m², démontez-les pour récupérer les lames, créez une structure porteuse sur lambourdes, et traitez le bois contre l’humidité. Comptez un week-end de travail et 80-150€ de matériel selon la surface.
J’ai construit ma première terrasse en palettes il y a six ans sur mon balcon de 12 m². Budget total : 85€ contre 800€ pour du bois neuf. Elle a tenu quatre ans avant que je ne la remplace par envie de changement, pas par nécessité. Depuis, j’ai accompagné une dizaine de projets similaires et je connais les pièges à éviter.
Trouver les bonnes palettes
Les palettes EUR : votre seul choix viable
Oubliez les palettes jetables ou les formats fantaisistes ; seules les palettes EUR (aussi appelées palettes Europe) offrent un bois de qualité suffisante. Dimensions standardisées 120×80 cm, estampille EUR ou EPAL sur le côté, construction solide avec des dés en bois dur pour une terrasse la moins chère possible.
Récupérer des palettes américaines plus légères est LA GRANDE ERREUR classique. Le bois était trop fin (12 mm contre 22 mm pour les EUR), il a gondolé en trois mois. J’ai tout refait avec des EUR et là, zéro problème pendant quatre ans.
Les palettes EUR se trouvent gratuitement ou à 3-8€ pièce. Je les récupère dans les zones artisanales, auprès des magasins de matériaux ou sur Leboncoin. Comptez 10-12 palettes pour une terrasse de 10 m², soit 40-80€ si vous les achetez toutes.
Vérifier l’état et le traitement
Examinez chaque palette soigneusement. Lames fendues, bois pourri, clous rouillés qui dépassent : refusez.
Une bonne palette sent le bois sec, pas le moisi.
Tapez dessus : elle doit sonner franc, pas creux.
Le marquage HT (Heat Treatment) indique un traitement thermique sans produits chimiques. Parfait pour un usage extérieur sans danger. Fuyez les palettes marquées MB (Methyl Bromide) : traitement toxique interdit en Europe depuis 2010 mais certaines vieilles palettes circulent encore.
Dans mes six ans d’expérience, j’ai vu passer trois palettes MB. Je les ai refusées systématiquement. Le risque sanitaire ne vaut pas l’économie de 5€. Les palettes HT représentent 95% du marché aujourd’hui, aucune raison de prendre des risques.
Le matériel nécessaire
Les outils indispensables
- Un pied de biche (15€) pour démonter les palettes sans casser les lames. J’ai essayé au marteau et burin : j’ai perdu 40% du bois utilisable. Avec le pied de biche, je récupère 90% des lames intactes.
- Une scie circulaire ou scie sauteuse pour recouper les lames. La mienne à 60€ a servi pour quatre terrasses. Une scie égoïne manuelle fonctionne aussi mais comptez trois fois plus de temps. Sur ma première terrasse, j’ai tout fait à la main : 8 heures de sciage pour ce qui prend 2 heures à la circulaire.
- Une visseuse-perceuse (40-80€ selon la marque) avec des vis inox 4×40 mm et 5×60 mm. Les vis galvanisées rouillent en deux ans en extérieur. Les inox coûtent 30% plus cher mais tiennent quinze ans. Mon lot de 200 vis inox m’a coûté 18€.
Les fournitures complémentaires
Des lambourdes 63×40 mm en pin traité classe 3 minimum. Elles forment la structure porteuse. Pour 10 m², comptez 8-10 lambourdes de 2,40 m (5€ pièce), soit 40-50€. J’ai testé sans lambourdes en posant directement sur le sol : les palettes ont pourri en dix-huit mois par contact avec l’humidité.
Un feutre géotextile (15-25€ le rouleau de 10 m²) entre le sol et la structure empêche les mauvaises herbes de pousser. Sans ça, vous passez votre temps à désherber entre les lames. Mon balcon sans géotextile nécessitait un désherbage mensuel. Avec, zéro entretien.
Le produit de traitement bois classe 3 ou 4 (20-35€ le bidon de 5L) protège contre les champignons et insectes. Deux couches au pinceau avant montage. J’ai négligé cette étape sur mes premières lames : elles ont noirci en un an. Depuis, je traite systématiquement : le bois garde sa couleur miel pendant des années.
Démonter les palettes efficacement
La bonne technique
Retournez la palette. Avec le pied de biche, soulevez chaque lame par-dessous en faisant levier sur les dés centraux. Les clous sortent progressivement sans casser le bois. Comptez 15-20 minutes par palette une fois le coup de main pris.

La technique que j’ai rodé, je démonte 10 palettes en 3 heures maintenant. Au début, j’en étais à 40 minutes par palette. L’astuce : ne pas forcer d’un coup mais soulever progressivement en changeant de point d’appui tous les 5 cm.
Triez les lames immédiatement. Pile A : lames parfaites (80% du volume). Pile B : lames avec petits défauts utilisables en structure cachée (15%). Pile C : bois de chauffage ou déchetterie (5%). Ce tri évite de se retrouver à court en fin de chantier.
Retirer les clous
Un arrache-clou (8€) et une pince multiprise (12€) retirent les clous restants. Certains se cassent, laissez-les : vous couperez cette partie de lame. Sur 10 palettes démontées, je récupère environ 200 lames utilisables de 80 cm de long.
Passez un coup de ponceuse électrique grain 80 sur les lames les plus rugueuses. Pas obligatoire mais améliore le confort pieds nus. Mon ponçage à 40€ (location une journée) a pris 4 heures pour 10 m². Le rendu final était impeccable, zéro écharde.
Préparer le sol et la structure
Le sol support
Sur terre : décaissez 5 cm, tassez, posez le géotextile, ajoutez 3 cm de gravillons. Cette base drainante évite la stagnation d’eau. Mon sol directement sur terre sans gravillons a pourri par en-dessous. Refait avec gravillons, aucun problème depuis trois ans.
Sur béton ou dalle : nettoyez à la brosse, posez des cales PVC (15€ le lot de 20) tous les 50 cm pour surélever légèrement. L’air doit circuler sous la terrasse. Mon balcon sans cales gardait l’humidité : moisissure apparue au bout de six mois.
Vérifiez la pente d’écoulement avec un niveau. Minimum 1% (1 cm par mètre) pour évacuer l’eau de pluie. Ma première terrasse était plate : les flaques stagnaient pendant des jours. J’ai recalé avec des cales supplémentaires pour créer une légère pente.
Poser les lambourdes
Espacez les lambourdes de 40 cm maximum entre axes. Plus large, les lames de palette fléchissent sous le poids. J’ai testé à 60 cm : ça bougeait trop. À 40 cm, la solidité est parfaite même avec plusieurs personnes dessus.
Vissez les lambourdes entre elles avec des équerres métalliques (12€ le lot de 10) tous les mètres. Ça rigidifie l’ensemble. Ma structure sans équerres bougeait légèrement. Avec équerres, c’est du béton. Les vis se vissent en biais dans la lambourde pour un maintien optimal.
Traitez généreusement les lambourdes au produit classe 3 : deux couches au pinceau sur toutes les faces. Elles sont en contact avec l’humidité du sol, la protection maximale s’impose. Mes lambourdes non traitées ont moisi en treize mois. Les traitées tiennent depuis quatre ans.
Assembler les lames de terrasse
Le sens de pose
Posez les lames perpendiculairement aux lambourdes. Espacez-les de 5 mm pour l’évacuation de l’eau et la dilatation du bois. J’utilise des cales de 5 mm (chutes de contreplaqué) pour garder un espacement régulier. Sans ça, mes espacements variaient de 3 à 8 mm : aspect bricolage garanti.
Commencez par le mur ou le bord fixe. La première ligne donne la référence pour toutes les autres. Prenez le temps de la positionner bien droite avec un cordeau tendu. Ma première ligne posée à l’œil était de travers : toute la terrasse partait en biais. J’ai dû tout démonter et recommencer.
Vissez chaque lame sur chaque lambourde : 2 vis par croisement. Pré-percez à 3 mm pour éviter de fendre le bois. Les lames de palette font 10-12 cm de large : une vis de chaque côté suffit. J’ai testé une vis centrale : les lames se vrillent après quelques mois.
Les finitions de bordure
Les extrémités des lames dépassent rarement de façon régulière. Tracez une ligne droite au cordeau et coupez à la scie circulaire. Mon astuce : je laisse 2 cm de débord que je découpe en une seule passe. Résultat : bordure parfaitement droite.
Une plinthe en lame de palette posée sur chant cache la structure et finit proprement le tour. Vissée sur les lambourdes de rive, elle apporte aussi de la rigidité. Sans plinthe, ma terrasse faisait inachevée. Avec, aspect pro garanti.
Les angles se coupent à 45° pour un assemblage invisible. Pas obligatoire : vous pouvez aussi buter les lames bord à bord. Ça marche très bien aussi. Sur ma terrasse, j’ai fait au plus simple et ça rend parfaitement.
Traiter et protéger le bois
Le traitement initial
Deux couches de lasure microporeuse (25-40€ les 5L) protègent durablement. Elle laisse respirer le bois tout en le protégeant de l’eau. Couleur miel, teck ou gris selon vos goûts. Ma préférence : teck qui donne un aspect exotique à petit prix.
Application au pinceau large ou rouleau laqueur. Première couche : le bois absorbe énormément. Deuxième couche 24 heures après : consommation divisée par deux. Pour 10 m², comptez 3,5 litres de lasure, soit 20-30€.
L’huile de lin (15€ le litre) reste une alternative naturelle mais nécessite un renouvellement annuel. La lasure tient 3-4 ans avant un entretien. Sur ma terrasse en huile de lin, je passais une couche chaque printemps. Avec lasure, tous les trois ans suffisent.
L’entretien régulier
Un coup de balai-brosse hebdomadaire et un nettoyage au nettoyeur haute pression (basse puissance) deux fois par an maintiennent l’aspect. Mon nettoyeur à 90€ sert aussi pour la façade et l’allée : investissement rentabilisé.
Tous les 3-4 ans, une couche de lasure ravive la protection. Ponçage léger grain 120 avant application sur bois grisé. Ma terrasse refaite après quatre ans : 2 heures de ponçage, 3 heures de lasure, résultat comme neuf pour 35€.
Vérifiez les vis tous les ans. Certaines se desserrent avec les dilatations. Un tour de visseuse (5 minutes) resserre tout. J’ai négligé ça : trois lames se soulevaient légèrement. Depuis que je vérifie annuellement, plus aucun problème.
Les erreurs qui coûtent cher
Négliger le drainage
Une terrasse qui baigne dans l’eau pourrit en deux ans. Mon sol mal drainé gardait l’humidité : champignons et pourriture rapide. Depuis que j’ai refait avec gravillons et pente correcte, le bois sèche rapidement même après grosse pluie.
Prévoyez toujours l’évacuation de l’eau.
Sur un balcon, dirigez vers l’évacuation existante. Sur terre, créez une légère pente vers le jardin. Ma règle : l’eau ne doit jamais stagner plus de 2 heures après la pluie.
Poser sur sol instable
Le sol doit être stable et plan. Mon premier projet sur terre fraîchement retournée : la terrasse a bougé de 3 cm en six mois, créant des déformations. Tassez vraiment le sol, laissez reposer une semaine, vérifiez à nouveau avant de poser.
Une dalle béton de 8-10 cm d’épaisseur garantit la stabilité absolue. Coût : 15-25€/m² en faisant soi-même. Pour une terrasse définitive sur terre, ça vaut l’investissement. Ma terrasse actuelle sur dalle ne bouge pas d’un millimètre depuis quatre ans.
Budget réel pour 10 m²
Voilà mes coûts réels sur mon dernier projet :
• Palettes EUR (10 pièces) : 50€
• Lambourdes (10 x 2,40m) : 50€
• Vis inox (200 pièces) : 18€
• Géotextile : 20€
• Traitement bois 5L : 28€
• Lasure 5L : 32€
• Équerres métalliques : 12€
• Petites fournitures (cales, etc.) : 15€
Total matériel : 225€ pour 10 m² soit 22,50€/m². Avec des palettes gratuites, descendez à 175€. En comparaison, une terrasse en bois exotique coûte 80-120€/m² en matériel seul.
Si je compte mon temps (16 heures de travail), j’économise environ 800€ par rapport à un artisan qui facture 50-70€/m² en fourniture et pose.
La durée de vie réelle
Avec un entretien correct, comptez 5-8 ans. Ma première terrasse a tenu quatre ans avant que je ne la change par choix esthétique, pas par nécessité. Le bois était encore sain. Un voisin a la sienne depuis sept ans : toujours nickel avec lasure tous les trois ans.

Les facteurs qui réduisent la durée : exposition plein sud (le bois grise plus vite), piétinement intensif (famille nombreuse), entretien négligé. Mon utilisation modérée (2-3 personnes max) et entretien régulier expliquent la longévité.
Une terrasse en palette ne durera jamais 25 ans comme du bois exotique de qualité. Par contre, pour 20€/m², vous avez 6-7 ans de bon usage. Quand elle fatigue, vous en refaites une nouvelle pour le prix d’un resto. Le rapport coût/usage reste imbattable.
Quand éviter ce type de projet ?
Si votre surface dépasse 20 m², le temps de démontage des palettes devient pénible. J’ai fait 18 m² une fois : trois week-ends complets. Au-delà, le bois neuf en promotion (pin traité à 12-15€/m²) devient compétitif en temps passé.
Les zones très ombragées et humides ne conviennent pas. Le bois de palette reste assez tendre : il souffre de l’humidité permanente. Mon cousin a tenté sous un couvert d’arbres : moisissure généralisée en dix-huit mois malgré le traitement.
Pour un usage commercial ou très fréquenté, partez sur du bois certifié neuf. Les palettes conviennent parfaitement aux terrasses privées familiales mais pas aux espaces recevant du public. Question de responsabilité et de durabilité.
Une terrasse en palettes EUR bien construite coûte 22€/m² en matériel et tient 6-8 ans avec entretien.
La clé : traitement bois systématique, drainage correct et structure sur lambourdes.
Comptez un week-end de travail pour 10 m². Le démontage des palettes prend 40% du temps total : anticipez-le. Idéal pour budgets serrés ou projets temporaires, à éviter au-delà de 20 m² où le temps investi dépasse le gain financier.